CargoHambourgEn 2010, l’œuvre de Jour de Joie stagnait, à mon goût, en tout cas. Je venais de changer de travail et j’étais passablement chargé, je sentais arriver le bout du rouleau. J’ai décidé de partir quelques jours en Allemagne, où j’ai de la famille, pour me mettre au vert, me ressourcer. J’avais aussi en tête le projet d’écrire un livre sur les murs de nos cœurs.

Là-bas, j’ai passé du temps à prier et à méditer. Dans ma vie, j’ai rarement eu des convictions si fortes qu’elles étaient implacables. Mais ce jour-là, une évidence s’est imposée à moi, comme une vision que j’ai eue: celle d’une grande tente. Du type de celles que nous utilisions avec Jour de Joie depuis longtemps, mais plus vaste, plus haute, capable d’accueillir un large public. Ma première réaction s’est résumée à cela: «Mais comment…? Je n’arrive déjà même pas à assumer mes affaires!… Et pour acquérir une telle tente, il faudra des dizaines de milliers de francs! Je n’ai ni la foi, ni les ressources intérieures, ni les sous». Mais j’ai quand même capitulé devant Dieu en disant: «Ok, alors une grande tente.». Dès ce pas d’obéissance intérieure, de nouvelles convictions sont nées en moi: par exemple, que cette tente viendrait de Chine et qu’elle me serait vendue là-bas par un homme.

Quand j’en ai parlé à mon équipe, ils ont mis les pieds au mur, car ils ne voyaient ni le besoin ni l’utilité d’un outil d’une telle ampleur. J’ai voulu leur «vendre» mon idée par des arguments humains, sans expliquer tout mon cheminement face à Dieu, mais rien n’y faisait. Sur leur conseil, j’ai pris contact avec des entreprises qui en vendaient de tels modèles en Suisse. Or toutes m’ont dit: «Nous les commandons en Chine». Dès lors, j’ai décidé d’aller de l’avant.

Nouveau détour

Mais Dieu avait encore un détour en réserve pour moi. Je priais alors avec un ami chrétien de la Vallée de Joux, qui a un côté prophétique – c’est-à-dire qu’il discerne bien les choses et qu’il a parfois des inspirations surprenantes. Avec lui, il nous est apparu qu’il y avait une étape supplémentaire avant la Chine: une autre tente, de taille moyenne, avec un concept d’animation pour les ados. Une nouvelle fois, j’ai tenté de plaider avec Dieu: tout l’argent que j’avais destiné à la grande tente allait y passer. L’argent, ça ne se trouve pas sous les pierres, non? Comment allais-je financer tout ça? Mais nous avons dessiné Teen Space et l’avons commandée et installée rapidement.

À cette époque, je suis retourné en Allemagne, cette fois tout au Nord, à l’embouchure de l’Elbe, près de Hambourg. La vision de la Grande Tente me poursuivait. Je n’arrêtais pas de penser au risque que j’avais couru en prenant le détour d’acquérir notre tente pour ados «avant». Or devant moi, sur la Mer du Nord, passaient inlassablement des cargos. Dieu m’a alors chuchoté à l’oreille: «Tu verras, ta grande tente viendra de là!». Non pas une fois, mais plusieurs fois.

L’étape suivante a consisté à dessiner la tente; à faire nos plans d’architecte, en quelque sorte. Nous avons repris le design de Teen Space, mais à un tout autre échelle: notre grande tente ferait ainsi trente mètres. Nous avons tout de suite fait les bons choix, par exemple en matière de tubes: de petits tubes créent un sifflement d’air qui peut déranger un public lors de moments calmes. Ce point-là et plusieurs autres, nous les ignorions avant de monter Teen Space. Nous avons également installé des hublots latéraux, afin de ne pas avoir besoin d’éclairage électrique en journée.

Voyage à Canton

Ensuite, j’ai fait un appel d’offre en Chine. J’ai reçu quantité de propositions et de prix et j’ai découvert que la quasi-totalité des commerciaux qui m’ont répondu étaient des femmes. Or je voulais un homme, car cela m’avait été ainsi montré dès le début. Le choix était ainsi grandement facilité.

Grande-Tente Chine Souvenir WebJ’ai fait le voyage de Guangzou (Canton, pour les Européens) en juillet 2012, avec un ami évangéliste, Nicolas Duvoisin, une des seules personnes de mon entourage qui avait crû à ce projet dès le début. L’entreprise familiale qui montait notre tente était située hors du centre urbain, à deux heures de taxi, dans un endroit où les gens ne parlaient que le chinois et où les poteaux indicateurs étaient tous en idéogrammes. Le dépaysement était total! Reï Yan, l’entrepreneur qui bâtissait notre tente, nous a expliqué qu’il menait cette activité à côté de ses études. Un étudiant! Par contre, nous avons eu quelques sueurs froides en découvrant un atelier trois fois plus petit que la tente elle-même, des toiles de tente partout et la grande tente dont je rêvais depuis une année qui ressemblait juste à un tas de tubes.

Pourtant, le lendemain, sur un terrain de sport en herbe synthétique adjacent, les Chinois ont monté ma tente, quitte à démonter une partie de leur mur pour pouvoir la sortir: c’était leur plus grosse commande à ce jour. Une grue la tenait toute droite, parce que nos fournisseurs avait sous-estimé la puissance électrique nécessaire pour faire tourner les moteurs qui devaient la gonfler. Mais elle était bien là, belle, majestueuse, même. Avec Nicolas Duvoisin, nous avons profité d’emmener toute l’équipe à l’intérieur et de leur expliquer comment nous pensions utiliser leur travail: pour annoncer l’Évangile. Mais qu’est-ce que l’Évangile? En répondant à ce question, nous avons mené la première réunion d’évangélisation sous notre nouvel outil, sur un terrain de sports, dans un faubourg de Canton. Reï Yan, du reste, pur produit de cette jeunesse chinoise brillante, conquérante mais bien consciente que le matérialisme ne remplit pas l’âme humaine, nous disait d’un air presque peiné: «Vous savez, j’aimerais tellement croire à quelque chose…!».

Nicolas et moi-même, nous avons repris l’avion le lendemain alors que la tente, pliée en ballot, est arrivée par la Mer du Nord, Hambourg puis Amsterdam, croisant pile à l’endroit où, une année plus tôt, je regardais la mer, un peu de vague à l’âme et où Dieu m’a rassuré: «Elle arrivera par ici».

Dieu sait calculer

GrandeTenteMontageUne dernière anecdote: nous avons monté pour la première fois la Grande Tente au col du Marchairuz, dominant tout le bassin lémanique, deux mois plus tard. La structure aluminium n’était pas encore là la veille au soir et nous stressions passablement à l’idée de devoir repenser notre programme sans elle. De fait, la structure est arrivée le matin même. Malgré les aléas de l’exportation, c’était pour nous un nouveau clin d’œil de Dieu.

Je me projette il y a trois ans en arrière: fatigué, déçu, découragé. Jamais je n’aurais pensé que la réponse de Dieu à mon abattement serait une tente! Celle-ci, en plus, nous a amenés à acquérir et à monter toute une infrastructure de son et de spectacle pour annoncer l’Évangile, qui peut s’abriter sous elle mais qui reste indépendante. Aujourd’hui,enfin opérationnel notre Grande Tente prend son envole pour l’évangélisation de la Suisse Romande. Le Seigneur nous pousse souvent au-delà de ce que nous pensons pouvoir maîtriser nous-mêmes, quand on lui obéit. Si j’avais fait construire la Grande Tente directement, sans passer par sa «petite sœur» Teen Space, j’aurais commis des erreurs de conception qui m’auraient coûté autant que Teen Space elle-même, en corrections et en réparations. J’aurais sans doute mis une tente à la poubelle, pour rien. Dieu sait calculer!

J’ai l’impression que Dieu, au travers de cette aventure, a vraiment pris le relais de notre œuvre Jour de Joie.

Grâces lui sont rendues.

François Lehmann

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